Climat : peut-on vraiment faire confiance au GIEC ?

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Ton aveuglement concernant le GIEC est inquiétant. Tu fais trop confiance à la science‘.

Si vous pensiez qu’en 2020, les climatosceptiques avaient disparu, vous vous trompez. Même si le pourcentage exact des français qui nient le réchauffement climatique (ou la part de l’homme sur ce dernier) est difficile à déterminer, il y en a, et bien plus que ce que nous pourrions le penser. La liste est longue.

Il suffit parfois d’une phrase pour embraser la presse, une phrase pour mettre à mal des années de recherche scientifique. Loi de Brandolini oblige, il est impossible de répondre à chacun, même si parfois certains l’ont fait avec brio. Mais il est important de rappeler ce qu’est le GIEC. Rappeler ce qu’il fait, mais aussi ce qu’il ne fait pas, afin d’éviter que leurs propos soit récupérés à tort et à travers.

Comment fonctionne le GIEC ?

Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. Le GIEC n’est pas une association de personnes physiques, mais une association de pays : ses membres sont des nations, non des personnes physiques. Les personnes qui siègent aux assemblées du GIEC ne font que représenter des pays membres. La transparence du GIEC est totale, tout est sur le site Internet : comment se fait la sélection des auteurs, sur quels documents ils se basent, comment les rapports sont approuvés, etc..

Précision nécessaire, le GIEC n’est pas un laboratoire de recherche. C’est un organisme qui effectue une évaluation et une synthèse des travaux de recherche menés dans les laboratoires du monde entier. Il y a 3 principaux groupes de travail (les working groups) et une Task Force, comme explicité dans le graphe ci-dessous :

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Source : https://www.ipcc.ch/about/structure/

Autre précision importante à garder en tête : le GIEC ne fait pas de recommandations concrètes, mais des projections. Chaque fois que vous entendez une personne dire ‘le GIEC dit qu’il faut plus de nucléaire’ ou ‘il faut des éoliennes partout, c’est le GIEC qui le dit !’, c’est faux. Valérie Masson-Delmotte l’a récemment rappelé à Air France, qui utilisait le nom du GIEC pour continuer son greenwashing :

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En 30 ans, le GIEC a publié cinq rapports d’évaluation multivolumes (le 6ème, l’AR6, devrait être publié en 2021) et quelques rapports spéciaux, comme le rapport 1.5 degré, commandé par les gouvernements à suite aux Accord de Paris en 2015. La vidéo ci-dessous explique très bien le processus de création de ces rapports :

Qui approuve les rapports du GIEC ?

Encore une fois, la transparence est totale sur cet aspect sur le site internet du GIEC. « Pour parachever l’élaboration d’un rapport, les gouvernements membres du GIEC l’entérinent, à l’issue d’un échange entre les utilisateurs du rapport – les gouvernements – et ceux qui l’ont rédigé – les scientifiques ».

Deux remarques à cela. La première, cela veut bien dire que tous les pays membres valident les rapports, y compris les Etats-Unis ! Même si Trump n’était pas président à l’époque, l’AR5 a bien été validé par son pays. Il peut donc raconter ce qu’il veut pour flatter son électorat, les faits scientifiques ont été validés.

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Deuxièmement, il est très intéressant de noter que tous les gouvernements valident les résumés des rapports (les rapports sont eux de la responsabilité des auteurs). La France est donc bien sûr concernée. Amusant de savoir que notre pays valide des rapports scientifiques où il est démontré par A+B que l’avion est une horreur écologique, et de voir Madame Borne insister pour l’extension du Terminal 4 à Roissy. Étonnant, non ?

Chaque fois que vous entendrez E. Macron ou J. Castex dire ‘j’écoute les scientifiques’, ‘la croissance verte est possible’ repensez à cela.

LE GIEC, organisation politique ou scientifique ?

« le GIEC n’est pas une organisation scientifique, mais une organisation politique de type scientiste. Ils étouffent ‘ceux qui ne sont pas d’accord avec eux‘. »

Voilà une critique qui revient très souvent. Est critiqué également le fait que le GIEC soit un ‘consensus’ et que pour obtenir un consensus, il faille faire des compromis. Certes. Mais comme nous venons de le voir, les rapports du GIEC sont validés par tous les Etats membres, qui ont pourtant des intérêts très différents. Si vous ne comprenez pas que plus d’une centaine de pays peuvent avoir des intérêts différents, je ne peux plus vraiment vous aider…

Il y a de plus il y a un réel turn-over des auteurs du GIEC. Valérie Masson-Delmotte rappelle par exemple qu’il y a un « renouvellement important des auteurs d’un rapport à l’autre (au moins 50 % de nouveaux auteurs, parfois jusqu’à 75 %, selon les rapports) ».

En outre, le GIEC rassemble et synthétise des milliers de travaux scientifiques pour en tirer des conclusions globales. C’est ensuite aux politiques d’agir ! Prendre des décisions entre les différentes voies possibles, en arbitrant les avantages et inconvénients de chaque décision. « La science permet de dire ce qui est, en aucun cas elle permet de dire ce qui doit être », rappelait E. Klein récemment en interview.

Le GIEC est-il financé par des lobbys ?

Encore une remarque qu’on peut lire de temps en temps : « les auteurs et contributeurs du GIEC sont corrompus par des lobbys » !

Tout d’abord, le budget annuel du GIEC varie entre 5 et 8 millions d’euros, celui-ci étant financé par les 195 Etats membres de l’ONU qui y contribuent de « manière indépendante et volontaire ». Aucun auteur ni aucun membre du bureau du GIEC n’est rémunéré pour son travail, malgré l’investissement parfois important que représente l’écriture d’un rapport aussi volumineux. Les seules personnes rémunérées sont celles des unités d’appui technique qui existent dans chaque groupe de travail et aident auteurs et coordinateurs.

Deux remarques à cela. Premièrement, le gouvernement des États-Unis, dont le financement s’élevait à environ 1,6 millions d’euros, a décidé de cesser celui-ci dès l’année 2016, à la suite de l’élection de Donald Trump . Donc dire que le GIEC est ‘le bras armé des Etats-Unis’ (entendu la semaine dernière) est une connerie sans nom. Deuxièmement, la France a quant à elle réévalué en 2018 sa contribution à un million d’euros jusqu’en 2022. Avec un million, vous arrivez à 15% du financement… les montants sont ridicules !

Ridicules, car lorsque nous les comparons aux montants investis pour le lobbying des compagnies des énergies fossiles, on se rend bien compte que les sommes sont toutes autres. Entre le GIEC et sa transparence, et la neutralité carbone de Total, je vous laisse deviner qui j’ai envie de suivre.

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Source : https://www.forbes.com/sites/niallmccarthy/2019/03/25/oil-and-gas-giants-spend-millions-lobbying-to-block-climate-change-policies-infographic/#52912d357c4f

« Le GIEC choisit ses sources »

Encore un mensonge repris par nos amis climatosceptiques : le GIEC choisit ses sources, ils ‘excluent systématiquement les travaux ‘sceptiques‘. C’est faux. Le GIEC prend en compte tous les travaux, y compris les travaux qui pourraient tenter de remettre en cause l’influence de l’homme sur le climat. Bien sûr, il faut que ces travaux aient été validés (en peer reviewed) dans une revue scientifique. Il ne suffit pas d’arriver sur le plateau de BFMTV et dire que le réchauffement climatique n’existe pas pour être pris en compte par le GIEC. Même si certains essayent de nous faire croire le contraire, la part de l’homme dans le réchauffement climatique fait aujourd’hui consensus.

Autre pseudo scandale : le ClimateGate. Une des manipulations supposées qui aura eu le plus d’écho était en fait une correction de certains relevés de températures (déduites d’après les cernes des arbres) en les remplaçant par des données plus fiables mesurées par des thermomètres. Malgré l’unanimité des enquêtes diligentées à la suite de ce scandale concluant à la probité des chercheurs et à l’exactitude des résultats publiés, ce Climategate a fait beaucoup de mal à la crédibilité scientifique du GIEC. Si vous souhaitez creuser le sujet, la page wiki est bien renseignée, ou encore le site de sceptikalscience.

Pour vous donner un ordre de grandeur, voici l’évolution du nombre de publications prises en compte pour le 6ème rapport du GIEC (AR6) :

Shellenberger, ‘expert du GIEC’

Si vous avez raté l’épisode Michael Shellenberger, cela vaut la peine de revenir dessus deux minutes. Ce monsieur, qui se dit ‘climate activist’ depuis 20 ans’ et ‘écologiste depuis 30’, a sorti un livre il y a 2 mois s’intitulant Apocalypse Never. Je n’ai pas lu le livre et ne le lirai pas, le seul texte que j’ai pu lire de lui m’a suffi à comprendre le personnage. Extrait :

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Entre sophisme, whataboutisme et mensonges, tout y est. Certaines personnes ont pris le temps de lire le livre et de réfuter les bêtises écrites, si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire ces critiques de Giorgos Kallis, Peter H. Gleick et Michael Tobis.

Shellenberger s’est déjà servi du GIEC en tant qu’argument d’autorité, alors qu’il n’était que simple reviewer. Ce n’est pas la première fois que des énergumènes du genre se servent du GIEC pour gagner en notoriété. François Gemenne l’a d’ailleurs rappelé en taclant Shellenberger sur Twitter. L’un des tweet reprenant Andrew Dessler ne laisse plus aucun doute sur le personnage :

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Source : https://twitter.com/AndrewDessler/status/1289327812415905796?s=20

Il est reviewer, pas author. Reviewer n’a aucune valeur particulière, je le sais, je le suis pour l’AR6 ! Vous avez juste la possibilité de faire des commentaires, pertinents ou non, mais qui seront quoi qu’il arrive pris en compte par les auteurs.

Que traduit tout ce vacarme ?

Maintenant, et afin d’éviter la pensée en silo, essayons de comprendre ce que traduit le bruit causé par la sortie de ce livre.

Premièrement, comment se fait-il qu’il y ait eu autant de couverture médiatique ? Je crois que la meilleure des réponses a été donnée par Michael E. Mann :

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Source : https://twitter.com/MichaelEMann/status/1285917880886996993?s=20

La presse s’est faite un plaisir de relayer les messages de Shellenberger. Enfin, pas n’importe quelle presse : la presse néolibérale, bien souvent de droite ou conservatrice. Vous savez, cette même presse qui compare les écologistes à des khmers verts. Dès que ces personnes ont une occasion de pouvoir discréditer l’impact du changement climatique par l’homme, elles s’en donnent à cœur joie.

Ensuite, ces écrits sont récupérés à tort et à travers par des climatosceptiques et cela, c’était prévisible. Avec son expérience, et il s’en défend dans ses textes, il aurait dû anticiper que son livre serait récupéré par les climatosceptiques. Un exemple sur Linkedin trouvé récemment, dans un post de Juliette Nouel :

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Source : Linkedin

L’inaction climatique coûte déjà assez cher, Mr Shellenberger aurait dû réfléchir à l’impact de son livre avant de l’écrire/publier.

Enfin, et ce n’est pas qu’un détail. Le nucléaire n’a pas vraiment très bonne presse en France. Les anti-nucléaire ( !!) n’ont pas attendu longtemps avant de récupérer l’information et critiquer Shellenberger, en rappelant que c’était un lobbyiste de ‘Voix du nucléaire‘ et « qu’ils étaient tous pareils, qu’il fallait par conséquent sortir du nucléaire« . Avoir une personne pareille dans ses rangs n’est certainement pas la meilleure des idées et ne fait que donner des arguments aux anti -nucléaires, qui ne se sont jamais limités à un ou deux sophismes et raccourcis intellectuels pour avoir gain de cause.

En conclusion, même s’il se prétend écologiste, Shellenberger aura fait bien plus de mal à la cause écologique que de bien avec son livre. Se revendiquer ‘relecteur du GIEC’ n’a en soi pas vraiment de valeur et les auteurs du GIEC n’ont pas attendu longtemps pour le contredire. En espérant que nous n’entendions plus jamais parler de lui.

Le mot de la fin

A ma grande surprise, il existe encore des climatosceptiques en France. Un climatoscepticisme qui prend d’ailleurs de nouvelles formes. Maintenant que la part de la responsabilité de l’homme n’est plus à démontrer, certains, à l’instar de Shellenberger, minimisent leur gravité afin de maximiser les ventes de livres. La situation est bien trop grave et vraiment, nous n’avons pas besoin d’avoir de nouvelles personnes qui tirent sur l’ambulance.

Si cela n’était pas encore clair, la réponse à la question ‘peut-on faire confiance au GIEC ?’ est bien évidemment OUI. Pour rappel, le GIEC ne fait que la synthèse des connaissances scientifiques disponibles sur les différents sujets du changement climatique. Cette synthèse fait consensus, et est validée par tous les pays. Critiquer aujourd’hui les conclusions du GIEC, c’est critiquer des centaines de scientifiques et relève tout simplement du climatoscepticisme.

Compte tenu de son fonctionnement et de sa transparence, j’ai confiance envers les données du GIEC. Je n’ai bien évidemment pas lu entièrement les milliers de pages de l’AR5+ les centaines de sources associées (ce qui me ferait lire seul 200000 pages ?), mais d’autres l’ont fait et les données ont été validées. Alors certes, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Il n’est pas interdit de penser que la Terre est plate. Non. En revanche, c’est juste stupide. Aussi stupide que de croire que les rapports du GIEC n’ont aucune valeur et que leurs membres sont manipulés. Chaque mois compte, nous n’avons plus le temps de tergiverser. A bon entendeur.

Le nouveau rapport du groupe 1 est sorti le 9 août 2021, prenez 5 min pour en lire la synthèse !